Après ça, j'ai eu la grande idée de vouloir bouger dans le Far North, à la rencontre des Maoris, dans la ville de Kaitaia. Quand je dis ville, c'est qu'on me l'avait présentée sous cette forme. Bon, en fait, ça se limite à une rue, où tout ferme à 17h. Sachant que j'avais prévu d'y rester 5 jours, ça m'inquiète légèrement. Et puis, les Maoris, je ne vois pas bien comment les aborder : "Salut, t'es Maori? Tu veux pas me parler de ta condition d'indigène spolié, ce serait cool?!". D'autant que je ne serais pas capable de reconnaître un Maori d'un autre Polynésien. Alors, en définitive, le but de mon voyage me semble un peu vain, à bien y réfléchir.
J'ai pris une chambre pour deux nuits, ce que je regrette presqu'instantanément en voyant l'état de la cuisine. Je ne pense pas être spécialement chochotte, mais la propreté laisse clairement à désirer. On voit bien que l'endroit a été quelque peu laissé à l'abandon et que seuls les locataires nettoyent leur coin, le reste est empli de toiles d'araignées, de taches millénaires et d'instruments rouillés par l'ennui.
La solitude pèse d'autant plus sur cette maison que tous les locataires sont là à plein temps : des hommes, jeunes ou moins jeunes, qui attendent leurs allocations pour aller boire un coup ou s'acheter à manger. Ils se connaissent parce qu'ils partagent le même hôtel pourri, vivent ensemble par obligation, et passent leur temps à attendre la fin de la semaine.
Cette situation d'attente est exactement à l'inverse de ce que je suis venue faire ici. C'est extrêmement perturbant de se retrouver ici, à patienter que rien ne se passe, entre télé, weed et bières. Ici, je me suis fait taxer quatre clopes en 24 heures, soit 4 fois plus que dans tout le reste du pays en plus de cinq semaines.
On passe le temps à regarder les voitures traverser le village. Beaucoup de jeunes ici, beaucoup de skates, et de vélos aussi. Je me demande ce qu'ils peuvent bien faire la nuit tombée.
Je n'aime pas vraiment cette atmosphère mais elle a quelque chose de fascinant. Pour une fois, je rencontre des gens qui me parlent de leur vie ici, cette Philippine pas très satisfaite de son existence, bien qu'elle et son mari possèdent un ranch dans les environs, ce Kiwi invalide qui aurait tellement voulu voyager dans sa jeunesse, ces jeunes qui s'ennuient entre télé, Schweppes et parties de billard...
Je me sens entre Bukowski et Bagdad Café, entre misère et poésie, entre humanité et attente, je me sens intrus dans une dimension parallèle.
Je n'y reste que deux jours et redescends sur Auckland pour bosser tranquillement sur le guide en attendant les Fidji.
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